www.snuipp.fr

SNUipp-FSU Alpes-Maritimes

Vous êtes actuellement : Dossiers  / RASED-ASH 

fontsizeup fontsizedown {id_article} impression s'abonner  à la rubrique {} syndiquer le forum
24 octobre 2008

RASED : Réseau d’Aides aux Elèves en difficulté Nice, le 20 Octobre 2008

Circonscription de Nice 3 Centre

A l’attention de

Monsieur Rudy SALLES

Député de la troisième circonscription

des Alpes Maritimes

Monsieur le Député,

C’est d’abord en tant que citoyens mais aussi en tant que professionnels que nous avons pris connaissance du projet de loi de finances 2009 qui va vous être présenté avant la fin de l’année civile. Et c’est avec beaucoup d’inquiétude que nous nous adressons à vous. En effet, ce plan prévoit la suppression de 13500 postes d’enseignants dont 5500 dans le premier degré. Ces suppressions entraîneront, entre autres, la réaffectation de 3000 enseignants spécialisés des RASED (maîtres E et G) sur des postes classe.

Ces mesures conduiront inévitablement au démantèlement des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté et, par voie de conséquence, à la dégradation du traitement de la difficulté scolaire à l’école. Les aides spécialisées dans l’école existent depuis 1970 avec la mise en place des GAPP puis des RASED en 1990.

Ce dispositif permet à des élèves, qui rencontrent des difficultés qui n’ont pu être résolues en classe, de bénéficier d’aides spécialisées, adaptées et différenciées, dispensées par deux catégories de professionnels titulaires de diplômes spécifiques : Il s’agit des Maîtres E (enseignants spécialisés chargés des aides pédagogiques), des Rééducateurs « maitres G » (enseignants spécialisés chargé des aides rééducatives), et de l’intervention des Psychologues, dûment titrés, de l’Education Nationale. Ces personnes-ressources sont habituées à prendre en compte la multiplicité des enjeux dans les mécanismes d’apprentissage (aspects cognitifs, comportementaux, psychologiques, sociologiques, familiaux ...).

L’enfant qui arrive à l’école est toujours porteur de son histoire, de celle de ses parents, de sa famille et de sa culture. Et, certaines difficultés, très spécifiques, ne peuvent trouver de remédiations efficientes par les seules aides pédagogiques classiques prodiguées dans les classes, ni dans le cadre d’aides ponctuelles individualisées, récemment mises en place, suite à la réorganisation de la semaine scolaire.

Dans un contexte de bouleversements économiques et sociaux, il est plus que jamais nécessaire que les professionnels de l’aide spécialisée, formés aux démarches de prévention, au travail partenarial, à l’analyse de la difficulté et à la remédiation individualisée, puissent, sur l’ensemble du territoire français continuer d’accompagner ces enfants sur le chemin de l’école.

Dans les années 70, alors qu’auparavant on traitait la difficulté scolaire par la ségrégation (classes de Perfectionnement), le législateur, inspiré par les idées humanistes, a pensé qu’il était nécessaire de changer le regard porté sur la difficulté et d’adapter l’école à l’enfant, en l’accueillant au plus juste de ses besoins grâce à la bienveillance et à l’engagement de tous ses personnels.

C’est pour cela qu’au fil des lois et des circulaires, les législateurs successifs ont voulu donner une dimension particulière à ce dispositif unique en Europe, en faisant une sorte « d’exception éducative française » : il a alors été décidé de prévenir et de traiter les inadaptations in situ, grâce à l’intervention d’enseignants spécialisés sur le temps de classe.

Aujourd’hui, ce dispositif de l’Adaptation scolaire a fait ses preuves, il est apprécié des enseignants, des partenaires et des familles. (Cf. Le débat national sur l’École de 2003/04 repris dans le recueil « les français et leur école, le miroir du débat », Ed. Dunod.)

Nous considérons donc, que le recours à du simple soutien, qui plus est hors temps scolaire de l’enfant, ainsi que le démantèlement des RASED, au mépris des aides spécialisées, constitue une grave régression sociétale particulièrement dommageable pour les élèves fragiles, leurs familles et pour l’Ecole elle-même.

Sachez que l’émotion est grande dans les écoles ! Et notamment dans ce quartier que vous connaissez bien et dans lequel les difficultés sont nombreuses et beaucoup de familles dans la fragilité. Un enseignant spécialisé suit en moyenne 50 élèves par an, un psychologue plus d’une centaine. Ce sont au moins 150.000 élèves qui vont se retrouver sans aide à l’école à la rentrée prochaine en France. Seules les familles qui en ont les moyens matériels pourront se tourner vers des aides extérieures du type leçons particulières, orthophonistes, psychologues…Ce serait un gaspillage inouï que de laisser se perdre la compétence et le savoir faire de ces personnels expérimentés qui se sont formés pendant 2 ans, voire 5 ans.

Il est dommage qu’au moment où ils sont menacés de disparition, on commence à parler des R.A.S.E.D. Avec leur suppression, toute l’Éducation Nationale serait menacée. Les enseignants spécialisés verraient nier toute leur formation et seraient envoyés devant des classes, voire des classes à regroupement d’enfants en difficulté (ex-classes de perfectionnement), ce qui serait une régression et un retour à des pratiques de ségrégation qui n’existent plus dans aucun pays d’Europe. Les autres enseignants se retrouveraient seuls face au handicap et à la grande difficulté scolaire pour lesquels ils n’auront reçu aucune formation spécifique (suppression des IUFM). Or, leur mission consiste en tout premier lieu à transmettre un savoir, ce qui dans ces conditions devient aléatoire.

Ce qui se passe est grave. D‘abord pour les enfants dont les besoins sont ainsi niés : on ne peut pas enseigner les mêmes choses à tous de la même façon, ni dans le même temps. Les grandes difficultés spécifiques de certains requièrent une réflexion au cas par cas et des stratégies ainsi que des détours difficilement compatibles avec le rythme et le groupe de la classe ordinaire. Les chiffres annoncés à propos de l’échec scolaire sont eux-mêmes trompeurs : on ne cesse de parler des 15% d’élèves qui sortent du système en très grande difficulté scolaire. Dedans, seraient comptabilisés les 7% d’enfants en situation de handicap, tous handicaps confondus. Comment l’enseignant pourra-t-il, seul, faire face aux besoins particuliers, notamment de ces élèves, dans des classes où l’hétérogénéïté décuple : enfants dans la difficulté ordinaire, non francophones, en situation de handicap, dans le trouble du comportement,… dans la précarité sur le plan social, psychique, culturel… ? Quelle égalité face à l’apprentissage est-elle possible dans ces conditions ?

En sus des exigences toujours croissantes de leur métier, la suppression des RASED crée un grand stress pour tous les enseignants qu’ils soient spécialisés ou non. Ce qui ne sert pas le dynamisme et la sérénité plus que nécessaires à l’exercice de cette profession.

A l’heure où il faut faire des choix de société et s’assurer de l’excellence de la formation de l’ensemble des futurs citoyens français, nous craignons que des options comptables ne dictent un projet de société.

C’est pourquoi nous vous demandons expressément, Monsieur le Député, de défendre la cause de l’Ecole de la République, et celle des enfants en grandes difficultés en particulier, au moment des débats sur la Loi de finances. Nous vous remercions de nous tenir informés de votre point de vue sur cette question, que nous relaierons auprès de nos partenaires.

Nous vous informons, que les deux documents ci-joints sont soutenus par des fédérations de professionnels, divers syndicats et les fédérations de parents d’élèves.

Nous serions également heureux de pouvoir nous entretenir avec vous de ces questions et nous sollicitons donc une entrevue.

En vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à ce courrier, nous vous prions de recevoir, Monsieur le député, nos sincères salutations.

 

36 visiteurs en ce moment

*Top

SNUipp 06 : 34 avenue du Docteur Menard - 06000 NICE

Tel : 04.92.00.02.00

Fax : 04.93.35.75.52

Email : Ecrire au SNUipp 06

site : http://06.snuipp.fr


©Copyright 2006 - SNUipp-FSU Alpes-Maritimes, tous droits réservés.